Les Musiques Militaires

A quoi servent les Musiques Militaires?

Les musiciens militaires sont des non-combattants. Ils ne sont qu’administrativement militaires, leur fonction principale est de jouer de la musique dont une bonne partie n’est pas militaire. L’armée est le premier employeur de musiciens en France et en ces temps de restriction budgétaire, la tentation est grande de demander leur réduction, et cette requête n’est pas nouvelle. La mission de l’armée est de protéger le pays, alors pourquoi donc lui confier la gestion d’orchestres ?

 Une expression publique musicale

A l’origine, c’est Louis XIV qui fait composer les premières marches militaires par Lully. Si les monarques ont pu se faire accompagner à la guerre par les musiciens de leur cour, il faut voir dans l’organisation de la musique de la Grande Écurie, l’éclosion de la musique militaire moderne – il ne s’agit pas ici de la céleustique (musique d’ordonnance), ces instrumentistes étant chargés de la transmission sonore des ordres et non du cérémonial, du prestige et du divertissement. A l’exemple de Louis XIV, les autres cours européennes vont aussi créer leurs orchestres militaires. Ainsi au XVIIIe, puis surtout au XIXe siècle, les orchestres militaires vont jouer un rôle majeur dans la vie culturelle française et européenne. Dans son Dictionnaire de musique, J-J Rousseau faisait remarquer que la musique était capable d’agir physiquement sur les corps. A cette époque d’émergence de l’opinion publique, ce moyen d’action va être expérimenté par les ordonnateurs des grandes fêtes révolutionnaires sur le Champ de Mars, l’objectif étant d’amener le peuple à adhérer aux idées nouvelles. En grande partie du fait que les instruments de musique existants ne sont pas adaptés à l’exécution en plein air, ces festivités ne rencontrent pas le succès escompté. Il faut attendre 1845 et l’adoption des instruments d’Adolphe Sax pour trouver une solution définitive à l’organisation de ces orchestres. Mais dès la Restauration par la décision du 1er janvier 1827, le pouvoir politique confie à l’armée la gestion d’orchestres de plein air. L’effectif des musiques existantes est porté à 27 musiciens qui dorénavant ne sont plus financés par une retenue sur la solde des officiers, mais directement par le budget de la Guerre. Ainsi d’un rôle de prestige et de divertissement des officiers, les musiques passent sous le contrôle de l’Etat qui les utilise pour le cérémonial public, le divertissement des populations et veille de très près à l’amélioration de son outil de communication. Formation et statut des musiciens, sélection de chefs et sous-chefs de musique, qualité des instruments, élaboration des répertoires, l’opinion publique par l’intermédiaire de la presse et des compositeurs suit cette progression et ne manque pas d’intervenir. La Belle Epoque avec les kiosques à musique marque l’apogée de cette forme de manifestation d’une adhésion de la population à un projet de société commun.

 Un cérémonial au profit de la société

A travers le divertissement collectif gratuit qu’offrent les programmes de musique de plein air dispensés par les formations militaires s’exprime la cohésion sociétale. Car les programmes musicaux offrent majoritairement des compositions civiles, essentiellement des transpositions d’œuvres tirées de l’opéra, de l’opéra-comique, de l’opérette et du café-concert, les compositions militaires étant réservées pour le cérémonial. Par ces orchestres, s’élabore un répertoire collectif partagé par l’ensemble de la société. Il existe plus de 170 formations musicales militaires à la déclaration de guerre de 1914 qui servent de modèle à de nombreuses formations civiles, assurant la diffusion et l’enracinement de ce répertoire dans la mémoire musicale et culturelle française. Quand il est déployé sous la présidence d’autorités civiles et en présence du public, le cérémonial n’est plus seulement militaire, mais participe d’une forme de liturgie collective qui engage toute la population. Ces cérémonies sont autant d’occasions d’exprimer publiquement une communauté de destin. Un espace est délimité par les positions respectives des participants, mettant à jour une hiérarchie. Le lieu où se déroulent les évolutions des troupes et des autorités devient un espace réservé. Le cantonnement des spectateurs manifeste leur adhésion au protocole. La musique intervient dans cette liturgie à deux niveaux. Tout d’abord elle sacralise le temps de la cérémonie par les repères sonores que constituent les sonneries et les batteries d’ordonnance. Leur exécution indique aux spectateurs l’entrée dans le temps collectif de l’événement et ses différentes étapes. Le silence de l’assistance atteste là encore de sa participation. Ces signaux conventionnels d’ordonnance appartiennent au répertoire collectif constitutif d’une identité propre. D’une ancienneté immémoriale même s’ils peuvent être datés (les batteries remontent au moins au XVIIe siècle et les sonneries ont été composées sous la Restauration), ces signaux ne constituent pas des références idéologiques, mais des repères identitaires.

Un répertoire collectif

Cette signalétique sonore s’articule avec un choix de compositions musicales institutionnelles. Le principal est l’hymne national, laMarseillaise, indispensable à toute cérémonie officielle militaire ou civile. Il exprime l’adhésion à une histoire et un modèle politique dont les détails sont lissés pour en faire une référence susceptible d’être adoptée par le plus grand nombre. Suivant l’importance de la cérémonie et les circonstances (commémoration, inauguration, funérailles…), une ou plusieurs autres compositions peuvent être sélectionnées. Les morceaux sont plutôt choisis dans le répertoire militaire officiel, mais cette règle n’est pas impérative. L’armée a constitué et entretien un répertoire officiel (circulaire n° 42839/MA/CM/K fixant le répertoire national des marches militaires, du 15 novembre 1961 et ses modificatifs), plus ou moins tenu à jour qui ne constitue qu’un repère n’excluant pas d’autres œuvres. Tous les morceaux qui y figurent ne sont pas parmi les plus connus, mais certains aux mélodies célèbres appartiennent à la mémoire collective française : Alsace Lorraine, Les Allobroges, Hymne de l’infanterie de marine, Quand Madelon, Saint-Cyr, Salut au 85e, Sambre et Meuse, Marche de la garde consulaire, les Africains, Marche de la 2e DB, Marche de la Légion étrangère, Sidi-Brahim…, pour ne citer que les plus emblématiques. Face à la diversité des modes musicales accentuée par l’individualisme de nos sociétés et la dématérialisation des moyens de transmission, ce répertoire cérémoniel reste un repère culturel collectif propre à l’identité française. C’est pour son expression, son maintien et son entretien que des orchestres d’harmonie ont été confiés à l’armée française dans le cadre de ce qui s’apparente à une véritable mission de service public.

Une expression vivante et non artificielle

La dissolution de nombreux orchestres militaires du fait des réductions budgétaires – il n’existe plus que neuf musiques d’armes et une douzaine de fanfares dans l’Armée de terre – a amené les autorités militaires et civiles à tenter l’usage de musiques enregistrées. Elles sont déjà utilisées dans des cérémonies à caractère local du fait de la disparition de nombreuses musiques d’harmonie municipales. En effet, ces compositions appartenant à des répertoires normalisés, des enregistrements pourraient apporter une alternative économique à l’entretien d’orchestres professionnels. Mais le manque de spontanéité, de souplesse et de naturel de ce type de prestation artificielle affecte la solennité de la cérémonie diminuant sa portée symbolique et affaiblissant l’expression du lien sociétal. L’expression périodique des liens unissant les individus appartenant à une même communauté est d’autant plus importante que les occasions de manifester cette unité sont rares. Une musique enregistrée est artificielle, les participants comme les observateurs perçoivent cette substitution qui relègue alors la musique quasiment au niveau des musiques d’ambiance pour lieux publics. Le lien qui unit les individus est charnel, il ne peut se contenter de musique artificielle.

Exploiter et démultiplier l’effet de l’outil musical

Nous avons vu le rôle de ces répertoires dans le cérémonial public et son mode opératoire par des orchestres d’harmonie administrés par l’armée. Conçus à l’origine comme des orchestres de plein air destinés à distraire les foules, ils ont diffusé et entretenu dans la mémoire populaire un répertoire de compositions dont l’origine militaire a été dépassée par leur dimension institutionnelle. De plus, ces musiques de plein air sont devenues de formidable outil de création et d’entretien du lien sociétal. Le regroupement des populations, toutes origines, âges et groupes sociaux confondus, s’opère autour de l’orchestre le temps du concert. Ce pouvoir d’intégration musical qui fonctionne si bien en extérieur,

pourrait être prolongé en tirant profit des nouveaux moyens de transmission des fichiers sonores par internet. L’effet ne sera pas aussi efficace qu’en présence de l’orchestre, néanmoins il pourra entretenir le souvenir du concert et de la cérémonie collective. L’effet du concert en plein air se limite à l’auditoire, par la mise en ligne, il peut toucher un plus grand nombre de personnes donnant même accès à un moyen de gestion dans la durée de ce répertoire, par sa présence en continu sur la Toile, qu’il serait contre-productif de négliger.

A notre époque d’éclatement de nos sociétés par exacerbation des individualismes, les orchestres d’harmonie militaires constituent toujours de très efficaces moyens d’intégration des individus à la collectivité nationale pour autant que l’on préserve l’outil et qu’une réflexion soit menée sur les profits à tirer de son adaptation aux nouvelles technologies.

 

Les Musiques Militaires ( article de Guy Coutanson paru dans BF magazine)    

 Les musiques militaires : un patrimoine en danger.

Le plan « Armées 2000 », la disparition du service national obligatoire et la mise en place des procédures de professionnalisation qui en découle font aujourd’hui peser une grave menace sur les formations musicales militaires et tout particulièrement les batteries fanfares.

Déjà, la disparition de la conscription n’est pas sans conséquence pour la vie musicale du pays. Pour de nombreux musiciens amateurs, le service national au sein d’une musique était une occasion unique de se perfectionner individuellement, d’acquérir une expérience dans la pratique musicale d’ensemble et, pour ceux qui ambitionnent une carrière, de bénéficier d’un contexte exceptionnel pour passer des concours et ce, tout en rendant un service apprécié au pays.

Au retour de la vie civile, l’expérience acquise durant ces mois de service pouvait profiter directement aux milliers d’harmonies et de batteries fanfares qui constituent le paysage musical de nos régions. Il y avait là un effet de levier qui donnait tout son sens à l’alliance Armée Nation et qu’aucun dispositif ne vient réellement remplacer.

 

Les conséquences sociales sont également dramatiques, avec la suppression de nombreux emplois de musiciens. Et encore, les répercussions économiques sur la facture instrumentale et l’édition musicale propres au genre n’ont pas encore été mesurées.

L’essentiel du problème se situe au niveau des effectifs des unités restantes, lesquels sont devenus insuffisants pour préserver l’ensemble harmonie/batterie fanfare qui est une originalité française. Car à mesure qu’elle entre en application ; il faut bien constater que la réduction se fait au détriment des batteries fanfares (forme aboutie d’un ensemble d’instruments à sons naturels typiquement français) ; tandis que les orchestres d’harmonie se transforment peu à peu en « big band » ou « brass band » utilisant un répertoire importé principalement des États-unis ou des Pays Bas. Il y a là une dérive qui ne saurait se limiter au seul domaine militaire.

Les formations de l’Armée ayant toujours joué un rôle pilote auprès du milieu musical populaire qu’elles ont fortement influencé, voire encadré. Il ne fait pas de doute que leur influence se vérifiera également dans ce qu’elle a de plus négatif : la disparition de ce patrimoine. 

 Mais la plus grande incohérence de ces choix se traduit au niveau du cérémonial républicain et de la grande tradition des marches militaires françaises. Or, ce cérémonial sera désormais exclusivement assuré par les seuls instruments de l’harmonie. Il est navrant de constater que les instruments d’ordonnance, qui ont par leur sonorité caractéristique porté la République et maintenu à la face du monde les plus hautes traditions de la France, ont été rayés de la liste des options instrumentales figurant sur l’instruction de février 2000. Seule y subsiste une mention marginale qui en fait des « instruments complémentaires à sons naturels joués par les instrumentistes d’harmonie ».

La disparition de l’ensemble harmonie/batterie fanfare, conçu spécialement pour assurer le cérémonial de la France, sonne le glas d’un patrimoine unique au monde. A titre de comparaison, pourrait-on imaginer un seul instant l’armée britannique se séparant de ses cornemuses et de ses tambours ? Devant l’atteinte qui est ainsi faite à notre patrimoine républicain, tout ce que la France compte de musiques d’harmonie et de batterie fanfares se doit de réagir.

La Confédération Française des Batteries fanfares représentative de nombreuses formations musicales amateurs, demande solennellement pour sa part que de nouvelles mesures soient prises très rapidement pour que la batterie fanfare et les instruments qui la composent(tambour, clairon, trompette de cavalerie et cor de chasse) retrouvent leur légitime place au nombre des options instrumentales en usage et que les formations musicales restantes soient restructurées pour pouvoir témoigner de la tradition française dans toute se diversité (infanterie,cavalerie,chasseurs,aviation,marine…).

Amis lecteurs de tous horizons, nous avons besoin de votre soutien pour que la musique militaire française ne meure pas. Si vous partagez ce point de vue, faites circuler ce message autour de vous et adressez nous massivement vos réactions.

Nous déplorons encore une fois aujourd'hui la disparition programmée de la Musique des Équipages de la Flotte de Brest dans les prochains mois, une formation musicale en moins... Après la suppression d'un certain nombre de Musiques Militaires dans notre pays, et, il est évident que ça ne s'arrêtera pas, il serait intéressant de savoir ce qu'en pense les grands chefs d'orchestres professionnels...Il est à craindre que sans réaction de leur part , ils ne soient touchés à leur tour dans les années à venir!

Nous devons suivre de près ces suppressions qui menacent toute une culture Patrimoniale de notre pays.

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